Pouvons-nous reconnaître Jésus dans les petits événements de nos vies?

Réflexion sur l’évangile du 16 janvier : 2e dimanche du temps ordinaire

«Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.» Au dire même de Jésus, son «heure» n’était pas encore venue. Cette heure, celle de sa manifestation plénière, de sa glorification à la droite du Père, elle viendrait plus tard. Pour l’heure, au seuil de sa vie publique, alors que les premiers disciples venaient à peine de le rejoindre, cette montée vers son «heure» venait juste de commencer à Cana, en Galilée, au cours d’un repas de noces.

Saint Jean nous dit d’ailleurs que c’est Marie qui avait été invitée. Contrairement aux nombreux repas qui se succéderont par la suite dans les Évangiles et où Jésus sera l’invité de marque, dans ce premier banquet c’est Marie qui est invitée. C’est grâce à elle qu’il est là et que les premiers disciples, eux aussi, ont pu se glisser parmi les invités. Jésus n’entre pas en scène par la grande porte, mais il semble vouloir se couler dans la vie de tous les jours, dans les événements qui façonnent l’existence des hommes.

Lorsque Dieu entre dans l’histoire, dans notre propre histoire, c’est souvent de cette manière qu’il y entre. La plupart du temps, nous ne l’avons pas invité, et s’il est là, c’est comme par hasard, par accident, introduit par l’un de ses proches. Telle est sans doute la première des marques de son passage dans nos vies: Dieu demeure toujours un peu le grand Inattendu, l’invité de second rang, celui que l’on n’avait pas vraiment vu entrer, au repas de noces.

Le second paradoxe de ce passage de Jésus à Cana de Galilée, c’est qu’il va changer la nature de l’événement qui se déroule sous nos yeux. D’ailleurs, saint Jean le suggère davantage par ses silences que par ce qu’il nous en dit. En effet, nous voici invités à des noces dont le centre s’est insensiblement déplacé. L’évangéliste semble avoir complètement oublié de nous parler des jeunes mariés, ceux pourtant vers qui convergeaient les yeux de tous les invités, ceux qui, normalement, auraient dû être au cœur du récit.

Par sa seule venue, Jésus a bouleversé l’ordre des choses. Désormais, ce qui donne du relief à l’événement vient d’ailleurs. Ce qui est vraiment important, ce qui retiendront des générations de croyants à la suite de saint Jean, ce n’est ni le nom des jeunes époux ni cet instant émouvant où ils échangèrent leurs consentements. Tout cela a définitivement sombré dans l’oubli. Mais ce qui laissera une trace à travers les siècles, c’est cet instant étrange où l’eau est devenue du vin, cet instant où Jésus a inscrit son premier signe dans l’histoire familière des hommes.

Lorsque Dieu passe dans nos vies, aujourd’hui encore, nous pouvons aussi le reconnaître à travers ces petits signes, semblables à ceux de Cana. N’est-il pas, en effet, l’invité inattendu, celui que l’on n’attendait pas et qui s’invite au dernier rang? Mais n’est-il pas aussi celui qui bouleverse notre vie au point que les événements finissent par prendre un tout autre visage? Sans que nous sachions bien comment cela a pu se faire, à mesure que le temps s’écroule, nos joies et nos peines se transforment insensiblement, les épreuves et les échecs eux-mêmes finissent par porter des fruits de douceur et de tendresse, comme si l’eau, de nouveau, avait été changée en vin; comme si Dieu, de nouveau, s’était invité dans nos vies!

Père Jerry Tony Solano

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