Il y a deux fêtes de la naissance de Jésus: la Nativité et l’Épiphanie. C’est la même fête, mais vue différemment: Noël est célébrée le 25 décembre à Rome et l’Épiphanie en Orient le 6 janvier. À Noël, nous célébrons la descente de Dieu en notre chair, son incarnation. À l’Épiphanie, nous célébrons sa manifestation, le dévoilement du salut à toute l’humanité. À Noël, les pauvres, c’est-à-dire les bergers sont illuminés et chantent la gloire de Dieu. À l’Épiphanie, des étrangers sont amenés à parcourir un long chemin pour venir adorer l’enfant. Dans les deux cas, c’est une fête de la lumière, proche du solstice d’hiver et symbole de l’illumination qu’apporte la foi, parce que Jésus est «la lumière du monde». (Jean 8, 12)
Les mages sont des chercheurs de Dieu. Il y a au fond de leur être, un appel, une soif, une faim: où donc est Dieu? Où est le roi des Juifs? Quand ils arrivent à Jérusalem, et qu’ils interrogent les savants et les spécialistes des Écritures, leurs demandes inspirent l’inquiétude. Elle aurait dû apporter de la joie, de l’allégresse et de la fierté. Au contraire, Hérode est bouleversé, et toute la ville avec lui. Les chefs des prêtres, les scribes, les experts restent bouche bée. Ceux qui devraient savoir sont aveuglés. Les voyants, les mages finiront quand même par trouver le Seigneur. Ils cherchent un roi et ne trouvent qu’un enfant né au milieu de tout ce qu’il y a de plus modeste: une jeune mère humble, un père charpentier, une mangeoire pour berceau. Mais leur recherche est si profonde qu’ils reconnaissent en Jésus le Seigneur. Leur joie est débordante. Leur vie est transformée. Ils offrent comme à un Dieu, l’encens, la myrrhe comme à un homme, l’or comme à un roi. Ils sont repartis pauvres et légers, illuminés, et ils repartent par un autre chemin, comme si toute leur existence devait, de façon radicale, changer de direction.
La fête des Mages souligne l’universalité du salut. Dieu aime tous et veut que tous et toutes puissent venir à Lui en prenant les chemins variés de quête spirituelle. Nous ne sommes pas propriétaires de Dieu et Il prend souvent plaisir à nous surprendre. Ainsi, Jésus était à l’aise avec de publicains et des pécheurs.
Le pape François rappelle l’importance de nous rendre dans les périphéries, briser les enfermements. Nous devons souvent nous demander si, croyant voir clair, nous ne sommes pas plutôt aveuglés. Notre société est concentrée sur ses propres réussites: technique poussée, consommation sans limite, liberté à tout prix, mépris des autres et des valeurs traditionnelles. Nous ne voyons pas les dérives de notre temps, l’enrichissement exagéré de quelques-uns sans tenir compte de l’humiliation des autres, risque de guerre mondiale et nucléaire, crise environnementale… Nous aurions besoin de mages, de personnes incertaines et curieuses, de chercheurs inquiets, de poètes, d’assoiffés de Dieu.
Heureuses, aujourd’hui, les personnes qui, à la façon des mages, consentent à faire un long voyage à la recherche d’un au-delà de leur vie.
Jean-Marie Proulx, prêtre