Suivre Jésus



Réflexion sur l'évangile du 10 avril: Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur


Pour tous ceux qui entouraient Jésus, le renversement de la situation avait quelque chose de brutal, d’inexplicable. L’entrée triomphale dans Jérusalem, l’espoir fulgurant d’occuper une bonne place en ce monde, sinon la première, aux côtés de Jésus, tout cela s’était envolé en fumée. Aux yeux de ceux qui l’avaient suivi jusqu’au bout, tout un univers de projets et de rêves venait de s’effondrer. Et s’ils s’étaient détournés de lui, s’ils s’étaient enfuis, c’était surtout pour ne pas voir la fin d’une si belle aventure. C’était leur propre échec qu’ils fuyaient.

Pour l’évangéliste, cela ne fait pas de doute. Lorsque Jésus monte vers Jérusalem, c’est bien vers sa mort qu’il se dirige! Il le sait. Il l’annonce par trois fois aux disciples, qui continuent pourtant à se quereller pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand. Mais rien n’y fait. Aux abords de la ville, alors que se resserre l’étau de la haine et des intérêts, ils ne voient rien, ils ne veulent pas voir.

C’est seulement au jardin des Oliviers, lorsque Jésus ploie les genoux pour s’abîmer dans la prière, seul, qu’ils commencent à pressentir que le scénario n’est pas celui qu’ils avaient imaginé. Alors, «à force de tristesse», ils s’endorment, constate Luc. Mais s’ils sont tristes, ce n’est pourtant pas encore sur Jésus qu’ils pleurent. Non, ils pleurent seulement sur eux-mêmes, sur leur propre désillusion. Les disciples d’Emmaüs le répéteront encore à l’étranger venu les rejoindre sur la route: «Et nous qui espérions…»

L’aventure spirituelle des premiers disciples de Jésus est encore aujourd’hui la nôtre. En effet, à notre tour, nous sommes invités à passer des rives enchanteresses du lac de Tibériade et du sommet ensoleillé du Thabor, où il fait si bon demeurer avec Jésus, au chemin qui monte vers Jérusalem. Insensiblement, il nous faudra, pour suivre Jésus, quitter un univers de songes, où nous préférons si souvent nous réfugier.

Car l’aventure qui nous propose Jésus en nous invitant à le suivre ne consiste pas à réaliser ces pauvres rêves que nous portons tous au plus secret de nous-mêmes. Ils ne sont pas à la mesure de ce que nous sommes. Notre vocation, en effet, est infiniment plus grande. Notre vocation, c’est de devenir fils dans le Fils. Notre vocation, c’est Dieu lui-même. C’est pourquoi le chemin de tout disciple de Jésus passe toujours par la route de Jérusalem. C’est le chemin qui passe de nous-mêmes à Dieu.

Mais sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls. Jésus nous a déjà ouvert la route. Et à sa suite, des nuées de témoins ont gravi la pente qui mène à la vie. Leur lumière nous enveloppe et brille encore devant nos yeux. Si nous nous laissons, comme le disait le prophète Isaïe, réveiller «chaque matin par la Parole» pour devenir des disciples véritables qui se laissent instruire, alors nous pourrons expérimenter à notre tour que «le Seigneur Dieu vient à notre secours». Et alors, «de qui aurions-nous peur»?

Père Jerry Tony Solano