Se laisser transformer par l'Esprit

Réflexion sur l'évangile du 24 avril: 2e dimanche de Pâques


Les témoignages concernant la résurrection de Jésus qui nous sont rapportés par les Évangiles ont quelque chose de tout à fait surprenant. En effet, au lieu d’insister sur la conviction des témoins, leur enthousiasme, ils soulignent plutôt le doute et l’incrédulité des disciples. En les écoutant, nous avons le sentiment d’être très proches de ces femmes et de ces hommes qui, pour la première fois, furent confrontés au mystère de la résurrection.

Ce passage de l’Évangile est tout à fait dans cette ligne. Saint Jean commence par nous décrire un groupe d’hommes timides et apeurés, enfermés à double tour par crainte des Juifs. Des hommes qui ont du mal à croire, et que Jésus doit convaincre et apaiser en leur montrant ses mains et son côté. Les premiers témoins de la résurrection n’ont donc rien à voir avec un groupe d’exaltés. La réaction de Thomas suffirait pour cela à nous en convaincre! Les dix autres apôtres réunis ne parviendront pas à lui faire croire qu’ils ont vraiment vu Jésus ressuscité.

C’est comme si saint Jean nous invitait à pousser notre recherche plus loin. En effet, contrairement à ce que nous imaginons parfois, il ne fut pas du tout facile de croire, pour ceux qui avaient connu et aimé Jésus! Et le fait même d’avoir vu Jésus ressuscité, de l’avoir touché, n’a pas suffi à en faire des témoins convaincants. Il faudra attendre la Pentecôte, comme le relatent les Actes des apôtres, pour que la Bonne Nouvelle sorte enfin du cercle des premiers disciples du Ressuscité.

En effet, pour emporter l’adhésion de ceux qui furent touchés par la première prédication apostolique, ce qui a été vraiment déterminant, ce ne furent pas tant les paroles et les arguments, que la manière de vivre des premiers témoins de la résurrection. Le passage des Actes des apôtres nous le rappelle: c’est parce que leur foi avait transformé leur manière de vivre que les apôtres devinrent des véritables témoins. Le signe par excellence de la résurrection, c’est donc la première communauté de croyants de Jérusalem, c’est l’Église!

Telle est bien la conviction affichée par saint Jean, dans sa première lettre. C’est lorsque la vie des croyants devient une vie dans l’Esprit qui vient du Père et du Fils, l’Esprit de communion, c’est lorsque la vie des croyants devient authentiquement une vie spirituelle, au sens fort du terme, qu’elle devient vraiment missionnaire. Il n’y a pas de témoignage si la vie des témoins n’est pas transfigurée par l’Esprit.

Ces paroles ne sont pas seulement un rappel de ce qui fut vécu par la première communauté chrétienne. Aujourd’hui encore, c’est ainsi que Dieu veut travailler dans le monde pour le salut de tous les hommes! Mais si nous ne nous laissons pas transformer dans notre manière de vivre, si nous ne sommes pas prêts à retrouver la fraîcheur de la première communauté de Jérusalem, alors, il ne faut pas nous étonner du fait que nos Églises se vident, que les vocations soient presque inexistantes, que la logique du monde, de la force et de l’argent semble régner partout.

Notre seul vrai problème, aujourd’hui encore, c’est toujours la foi. Une foi vécue, agissante, vivifiante, une foi célébrée et proclamée en Église! Une foi qui ose se démarquer des modes et des idées reçues pour affronter les fausses vérités de ce monde! Une foi sans complexes, qui ne se cache pas sous le boisseau, mais qui ose s’affirmer dans sa conviction et sa force! Une foi, comme le disait Jésus, qui finit par renverser les montagnes d’indifférence et de haine! Une foi qui apporte la paix, la paix véritable!

Père Jerry Tony Solano