La découverte toujours surprenante de la grandeur de l’amour



Réflexion sur l'évangile du 30 janvier : 4e dimanche du temps ordinaire


Nous venons de lire que Jésus déclara : «Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.» Il est facile de comprendre que cette affirmation cause de la stupeur chez les gens du milieu qui connaissent Jésus comme le fils de Joseph, tout simplement.


Celui qui est présenté par l’évangéliste Luc comme le prophète d’un amour libérateur offert aussi aux non-juifs sera reconnu et suivi par certains qui acquiesceront à son projet d’amour; d’autres entendront l’invitation et se détourneront; d’autres opposeront un refus formel et essaieront de faire taire cette voix dérangeante qui invite à aimer, à libérer au nom de l’amour.


Jésus réplique par cette phrase qui nous est familière et que nous utilisons aussi devant le rejet de certaines voix dérangeantes : «Aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays.» Le texte rappelle qu’il en fut ainsi du célèbre prophète Élie qui fut envoyé vers une veuve étrangère alors qu’il y avait, quand même, beaucoup de veuves en Israël. Ce fut ainsi pour un autre prophète, Élisée, qui sera présent à un lépreux non pas d’Israël, mais de Syrie. Et il y a Jérémie, dont la liturgie de ce dimanche nous dit qu’il a été consacré prophète pour tous les peuples. Jérémie, un timide, un sensible, un contemplatif, est appelé à être prophète d’un grand amour. Mais celui qui aime vraiment devient vulnérable et il a besoin de l’aide de Dieu pour tenir bon devant le refus, les persécutions, les railleries. Alors Dieu le revêt de sa force et pas seulement en une fois.


Jésus nous est présenté comme appartenant à cette lignée prophétique qui croit à la grandeur de l’amour et à la capacité d’aimer du cœur humain, quel qu’il soit. Ce message, Jésus le livrera malgré toutes sortes de difficultés, en apprenant à ses disciples à aimer comme Dieu aime. L’extrait de la première lettre aux Corinthiens que nous avons lu présente une manière d’aimer concrète, comme Jésus, c’est-à-dire une manière illustrée par la qualité de présence de Jésus. Une manière d’aimer qui se situe dans le respect et le service de l’autre, une manière qui est la recherche libre du bonheur, qui suppose une conscience éveillée des situations paralysantes et des possibilités d’amour vrai, plus vrai, chez tous, amour dont personne n’a le monopole cependant.


Il y a, d’hier à demain, une manière prophétique d’inviter à l’amour. Une manière remarquable. Une manière encourageante. Cette manière ne consiste pas d’abord à donner des directives ni à classer les amours valables et les non valables dans les fichiers de toutes nos curies. Elle est invitation dérangeante, risquée, mais si fraternelle. Cette manière, quelle est-elle? Une invitation à la découverte et à l’ouverture, une invitation à la surprise. La découverte toujours surprenante de la grandeur de l’amour, de la grandeur du cœur humain. Les prophètes d’un certain amour nous redisent que notre capacité d’aimer dépasse infiniment ce que nous pourrions croire. Nous pouvons inventer, de manière très créative, des chemins d’amour inédits et renouvelés. Il nous est possible d’accroître, de plus en plus, la qualité et l’ouverture de notre amour. Les insistances de Jésus vont dans ce sens-là, dans le sens d’une révélation si belle, mais si dérangeante pour les filières et leurs conservateurs : il y a présente, chez toi, chez moi, chez vous, chez nous, une capacité d’amour insoupçonnée.


Les regards d’amour portés sur nous sont déterminants pour nous donner ou nous redonner l’élan créateur de l’amour. Souhaitons-nous de nous souvenir de ces regards! Que l’Esprit de l’amour en vérité nous aide à croire que tel est le regard du Seigneur sur nous! Puissions-nous ne jamais cesser d’apprendre le regard prophétique, le regard qui dit et recrée la capacité d’aimer!


Père Jerry Tony Solano