Jésus a porté sur la pauvre veuve un regard d’émerveillement



Réflexion sur l'évangile du 32e dimanche du temps ordinaire


Dans l’Évangile, nous voyons le Christ appeler ses disciples vers lui et mettre en valeur deux attitudes qui nous renvoient à deux mondes différents. L’un représenté par les scribes et leurs semblables dont le Christ dit qu’il faut se méfier, et l’autre par la veuve sur laquelle, au contraire, le Christ attire notre attention.

D’un côté, nous sommes face à face avec le monde des apparences. Ici, nous trouvons ceux qui aimaient les salutations et les places d’honneur (Mc 12, 38 – 39) et qui sont pleins d’eux-mêmes (Lc 18, 11 – 12). Cette tentation de paraître s’empare aussi de chacun de nous et nous fait se soucier avant tout de ce que les autres peuvent penser de nous, de ce qu’ils regardent en nous. Le Christ dit de ceux qui sont préoccupés par cet aspect de la vie : « ils ont déjà leur récompense ». (Mt 6, 2. 5) Peut-être qu’à cause de la précarité de notre existence, nous avons besoin d’exister plus que les autres, pour nous sentir exister. Pour cela, nous cherchons avant tout la considération, nous voulons nous rassurer nous-mêmes, et ne nous voulons prendre aucun risque. Faisons attention aux apparences trompeuses qui renseignent sur l’extérieur et, par le fait même, cachent les intentions du cœur.

À l’opposé de ce monde des apparences, il y a le monde du secret où la décision profonde ou l’action de l’homme reste sans visage, inconnue de tous, remarquée seulement, comme dans cet évangile, par ceux qui regardent comme Jésus. Ici, l’on perd de vue ce que les autres vont penser et l’on pense plutôt aux autres ou à Dieu si fort que l’on est prêt à tout risquer. Tel est le geste furtif de la femme aux deux piécettes.

L’Évangile dit qu’elle est veuve et qu’elle est pauvre. Cela veut dire que ce compagnonnage d’homme qui la rassurait dans son existence et la reconnaissait, elle ne le connaît plus. La sécurité pour demain, elle ne l’a plus. Elle se trouve seule et elle sans appui, car, en Israël, en ces temps-là, les veuves n’avaient pas droit à l’héritage de leur mari. Leur sort dépendait en grande partie de la charité publique. C’est pourquoi la Loi insistait tellement sur le soutien que l’on doit apporter à la veuve et à l’orphelin.

Pour cette veuve donc, quand elle rentrera à la maison, il ne restera plus rien pour demain, ou peut-être très peu, et il lui faut une grande confiance en Dieu, et dans les autres, pour que sa vie puisse continuer. Dans une telle situation, elle a besoin d’une foi.

Aussi l’Évangile nous fait comprendre qu’autour de cette veuve, les plus riches donnaient avec enthousiasme de leur superflu, et personne ne le leur reproche. Mais, pour Jésus, cette femme, c’est du diamant. D’où vient sa solidité? De sa foi. Elle sait que sa vie intéresse quelqu’un d’autre, que ce Quelqu’un a partie liée avec sa vie et ses rêves, et son geste n’est que la reconnaissance de ce fait. Son geste est sans prétention, mais révèle quelque chose de sa relation à Dieu. Parlant de l’acte de foi, le père Urs von Balthazar dit que la foi, c’est la vie abandonnée à Dieu dans l’espérance que la balle ainsi lancée par nous sera rattrapée par la main du Tout-Puissant.

Si Jésus a montré ce geste à ses amis, c’est qu’il a porté sur cette femme un regard d’émerveillement. Et voilà que le regard que nous portons sur les autres devient important. Chaque fois que nous regardons tout autour et que nous nous rendons compte avec une agréable surprise qu’autour de nous il y a des gens formidables, nous portons sur le monde un regard de Dieu.

Père Jerry Tony Solano